Culture de racine
Situation peu propice
Les conditions de climat tempéré continental de nos régions ne sont pas très favorables à la culture des racines d’endive. De plus, contrairement à la plupart des légumes maraîchers, l’endive préfère pousser dans des terres peu riches en éléments nutritifs et matière organique, de préférence après une ou deux années de céréales à paille. D’autre part, une belle réussite de la culture exige un semis de très bonne qualité, peu accessible aux semoirs plutôt rustiques à portée de la bourse des petits maraîchers diversifiés. Tout cela explique que la production de racines d’endives n’est pas vraiment une culture maraîchère !
C’est ainsi que les Biaux Jardiniers se sont longtemps (trop ?) obstinés à produire eux-mêmes la quantité de racines nécessaires au forçage de leurs endives avec des résultat… assez moyens.

Les Biaux Jardiniers avaient donc abandonné un temps la production d’endive faute d’arriver à acheter des lots de racine de bonne qualité à des producteurs bio spécialisés compétents.
«Pas Chicon Que Cha»
Notre association
Depuis 2010, un groupement d’achat, qui répond au doux nom de «Pas Chicon Que Cha», a été créé à l’initiative de maraîchers du BTM (Bureau Technique des Maraîchers du Rhône) groupe technique auquel les Biaux Jardiniers sont adhérents depuis… quasi la chute « du » mur 🙂 . L’asso regroupe conventionnels et Bios, en deux filières distinctes, avec des fournisseurs (et des tarifs !) différents. Tout l’administratif est mis en commun par les adhérents. Et lors d’une réunion technique annuelle – ainsi que par mail – et avec la participation de leurs techniciens agricoles, ils discutent de leurs échecs et réussites, en commun : pas chicons que cha !!

Chaque maraîcher commande selon ses besoins propres dans un planning de livraisons commun, élaboré en groupe, et en concertation avec les producteurs Bio qui nous fournissent. Pour rationaliser le transport, c’est bien sûr un chargement complet qui part de chez notre fournisseur. Et pour limiter le nombre de déchargements du semi, les livraisons se font en groupage par une « tournée » chez les 5 ou 6 collègues « points de chute » qui disposent
- d’un accès poids-lourd,
- d’un engin de manutention,
- de place de stockage dans la cour de ferme
et de la volonté de consacrer un petit peu de travail et souci professionnels supplémentaires au fonctionnement collectif.
C’est là que les adhérents les plus proches viennent chercher leur commande. C’est là qu’ils ramènent et que sont temporairement stockés les palox vides pour le « retour à l’expéditeur » : pas chicons que cha !!
Depuis l’automne 2024, et en remplacement d’un collègue qui a rempli cette fonction une grosse douzaine d’années, Matthieu a pris en charge un point de distribution sur la ferme.
Les racines
La saison d’endive étant l’hiver, qui est aussi celle des jours courts, la livraison n’a pas besoin d’être très tardive en journée pour avoir l’air nocturne quand, après passage dans le chemin possiblement boueux, (pas vraiment super stabilisé et un peu défoncé) qui fait fonction d’accès à la ferme, le semi-remorque entre dans la cour, possiblement boueuse elle aussi (mais correctement stabilisée).
Quand le déchargement est prévu à la fin de sa tournée, çà se fait à la lumière artificielle, mais tranquillement,


Nous stockons les racines en chambre froide avant mise en production.
Mise en pousse
Les Biaux Jardiniers mettent les racines en pousse par petits lots et régulièrement pour échelonner la période de disponibilité des endives dans les paniers. Ou par lots plus importants pour répondre à nos engagements dans le planning de notre coopérative Bio À Pro.
Dans ce travail aussi, ils pensent à l’ergonomie : «l’homme est le capital le plus précieux!» disait Staline… qui devait donc être croyant… mais non-pratiquant ! Les différents petits engins de manutention disponibles sur la ferme sont donc utilisés :
- le gerbeur électrique pour transporter le palox plein de racines et le présenter à bonne hauteur en fonction de son état de remplissage

- des tables de préparation pour travailler confortablement,

- le basculeur quand la «baisse de niveau» des racines dans le palox obligerait à se pencher de multiples fois pour saisir les racines et donc à solliciter abusivement ses disques intervertébraux.

Les racines sont rangées cote à cote manuellement

une à une dans les caisses

où de la place est préventivement «perdue» au centre pour faciliter l’aération, ce qui diminue évidemment le rendement potentiel par caisse et «en même temps» contribue à prévenir l’apparition des maladies.


Les bacs de pousse
Les cagettes remplies de racines sont installées dans des bacs à endives, achetés d’occasion – et bien sûr en achat groupé avec d’autres collègues – dans le Nord de la France.

Depuis que le Biau Jardin de Grannod a développé la production d’endive pour la Restauration Hors Foyer livrée par BioàPro, nous n’utilisons plus que des bacs inoxydables et facilement nettoyables

Pousse en local
Le local de pousse, qui avait été prévu à la construction du bâtiment bioclimatique fin XX ème siècle, dispose d’un plancher chauffant en basse température raccordé à la chaudière bois à plaquette bocagère qui est produit et déchiquetée déchiquetée sur la ferme. On a pu constater dans les bilans techniques qui ont lieu dans le groupe «Pas Chicon Que Cha» que l’utilisation du plancher chauffant permet de se contenter d’entretenir une température de 3 degrés inférieure au chauffage par radiateur mural électrique, à résultat de culture égal. L’investissement dans un plancher chauffant permet donc des économies, et chaque année.
C’est comme d’hab’ au Biau Jardin de Grannod : dans notre pratique de terrain
- NI FOSSILES,
- NI FISSILES !
Et ça fonctionne !!
Pour prévenir les maladies (fréquentes et facilement gravissimes dans cette atmosphère tiède et humide), les Biaux Jardiniers maintiennent une température un petit peu plus basse et un taux d’hygrométrie un peu plus faible que ce que les spécialistes de l’endive recommandent. Ce qui a plusieurs conséquences : temps de pousse un petit plus lent, et aussi nous semble-t-il goût plus affiné.
Comme la mise en pousse est échelonnée, il y a en même temps dans le local des bacs avec des endives à différents stades de croissance.




Récolte
Quand un lot d’endive arrive au stade récolte, les caisses de forçage sont sorties du local de pousse.

Pour économiser le dos, les Biaux Jardiniers manutentionnent avec les fourches du gerbeur levées à bonne hauteur : çà permet de ne pas se baisser en les posant sur une palette à terre.

Et ça permet ensuite de travailler à bonne hauteur (réglable) lors du cassage.

Acheté – d’occasion – il y a maintenant 13 ans, le gerbeur est toujours vaillant.

Les endives «cassées» de leur racine sont nettoyées une à une avec soin, épluchées de leurs feuilles abîmées, etc…

Les cagettes de commercialisation avaient été préalablement garnies d’un fond à rabat

ce qui protégera les endives de l’ensoleillement et évitera qu’elles verdissent.

Un palox est utilisé pour y verser les racines et autres déchets restant après cassage, et tout çà retournera dans la terre du jardin après compostage.

En attendant de servir à nouveau, les caisses de culture sont tout de suite nettoyées au jet rapidement.

Puis, quand il y en aura une quantité suffisante, la laveuse, évidemment achetée d’occasion, sera mise en route, et elles seront lavées avec d’autres, «à temps perdu»… c’est à dire pas immédiatement après puisque qui dit récolte d’endive dit simultanément préparation hebdomadaire des paniers et livraison, donc pas de temps disponible pour autre chose ce jour là !
Les Biaux Jardiniers vont donc s’organiser pour avoir «du temps à perdre» à un autre moment de la semaine. Et programmer une petite «corvée» lavage de caisses. Et ce ne sera donc pas du temps perdu !

Mais bon, tout ce boulot, ça valait le coup, non ? On se régale ! Et en Bio !!

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